Jeux vidéo et développement du cerveau : comment est-ce possible?

Les jeux vidéo et le cerveau des jeunes!

Dans le précédent article, nous avons observé les définitions du concept de jeu vidéo et du développement du cerveau, scientifiquement appelé la plasticité neuronale. Nous allons maintenant explorer ce que les études scientifiques sur l’utilisation des jeux vidéo et la plasticité du cerveau disent sur le développement des joueurs.

Le premier article est disponible ici : Jeux vidéo et développement du cerveau : est-ce possible?

Malgré une forte propension d’études sur les effets négatifs des jeux vidéo, notamment en lien avec l’agressivité et la violence, plusieurs recherches en psychologie et en neuropsychologie se sont intéressées aux effets des jeux vidéo sur le fonctionnement cognitif des jeunes, le développement de leur cerveau et de leurs apprentissages cognitifs.

Les jeux vidéo et le cerveau des jeunes!

Chez les populations d’enfants et d’adolescents, on observe une majorité d’études orientées vers les « problématiques d’addictions » et la « dépendance aux jeux ». Plusieurs études indiquent néanmoins qu’au-delà d’un possible trouble lié aux jeux vidéo (Voir article: L’addiction Aux Jeux Vidéo: Départager Le Vrai Du Faux!), il y aurait des bienfaits sur le fonctionnement cognitif.

Une étude effectuée à l’Université d’Istanbul par Özçetin et de ses collaborateurs-chercheurs, auprès de 46 jeunes adolescents âgés entre 10 et 16 ans, s’intéressait aux effets des jeux vidéo sur les performances auditives et visuelles des jeunes. Un groupe expérimental (joueurs) et un groupe témoin (non-joueurs) ont été comparés.

Lobes cérébrales

On se rappelle que les performances auditives sont principalement localisées dans le lobe temporal du cerveau, tandis que les performances visuelles sont principalement localisées dans le  lobe occipital.

Les jeunes ayant un trouble d’attention avec ou sans hyperactivité, de trouble de l’autisme ou d’une déficience intellectuelle (QI de moins de 80) n’ont pas été retenus dans l’étude afin de ne pas fausser les données.

Il était demandé aux jeunes de jouer à des jeux vidéo au moins une fois par jour, cinq jours par semaine, pendant une année complète, afin d’évaluer l’impact du nombre d’heures de jeux, du QI, du mode de joueur et du type de jeux joué sur le fonctionnement cognitif des jeunes.

À la fin de l’année d’étude, le groupe expérimental (ceux qui jouaient) avaient obtenus de meilleurs résultats aux tests de mémoire visuelle et d’attention sélective, mais des résultats moins élevés dans les tests de flexibilité mentale, de mémoire verbale et de rapidité d’inhibition que les adolescents non-joueurs.

Mémoire cérébrale

Deux méta-analyses dirigées par l’Université de Genève auraient identifié une amélioration des capacités cognitives des joueurs en comparaison à des non-joueurs. Cependant, ce ne sont pas tous les genres de jeux vidéo qui auraient des impacts positifs.

Parmi les différents genres énumérés dans le précédent article (Voir l’article: Jeux vidéo et développement du cerveau : est-ce possible?), les jeux vidéo d’action (jeu de tir, de guerre, de zombies) ont démontré des résultats intéressants quant à l’amélioration des capacités cognitives, telles que l’attention spatiale, la capacité à gérer plusieurs tâches en même temps et la capacité à changer nos actions en fonctions de règles prédéterminées. Le fait d’activer plusieurs parties du cerveau et différentes fonctions cognitives simultanément dans les jeux vidéo d’action aurait un impact positif sur le développement cognitif du cerveau en comparaison à des non-joueurs ou à des joueurs de jeux d’autres genres, exemple : jeux de stratégie ou de contrôle.

Malgré ces deux études démontrant des effets positifs pour le fonctionnement cognitif, très peu d’études viennent confirmer et valider ces résultats. Encore une majorité d’études présentent des résultats neutres ou mitigés.

Jeux et personnes âgées

Les jeux vidéo et le cerveau des personnes âgées!

Les études en neuropsychologie s’intéressent de plus en plus à l’utilisation des jeux vidéo pour la prévention des pertes cognitives en lien avec le vieillissement naturel du cerveau et le développement de troubles neurologiques.

Ainsi, les pertes de mémoire, la démence et les troubles de la mémoire pourraient être ralentis ou atténués grâce à de meilleures performances cognitives. Ces performances sont acquises par l’entraînement cérébral, notamment possible par des tests de QI, des jeux de société, mais aussi par des jeux vidéo ayant des environnements de simulation plus ou moins réalistes.

Certaines études en neuropsychologie ont observé que les jeux de stratégies, tels que les échecs et les tests cognitifs n’étaient souvent pas assez stimulants pour créer un réel impact sur nos fonctions cognitives. Les jeux vidéo d’action semblent ainsi être les jeux les plus stimulants cognitivement auprès des populations âgés entre 8 et 65 ans. 

Les éléments clés? 

Les effets spéciaux, cinématiques et l’environnement visuel constamment actif permettent de stimuler en permanence le système visuel et l’attention du joueur, le forçant ainsi à prendre des décisions précises, rapides et simultanées.

Cette prise d’actions simultanées serait un facteur important dans l’activation des fonctions cognitives et l’accroissement des capacités de traitement de l’information, aidant à prévenir le déclin de la plasticité cérébrale des personnes âgées, les problématiques de schizophrénie, du syndrome de stress post-traumatique et de la maladie d’Alzheimer.

Étude cerveau

Certaines études ont également évoqué une possible de réhabilitation de la mémoire de travail et des pathologies neuromusculaires par les stimulations visuelles, la coordination et le traitement des informations visuelles et affectives présentes dans les jeux d’action.

Ainsi, les jeux vidéo pourraient avoir des effets bénéfiques sur la prévention de pertes cognitives en lien avec le vieillissement du cerveau et la présence de troubles neurologiques. Encore une fois, les effets dépendent du genre de jeux vidéo joué. Les études tendent également à suggérer une combinaison de jeux vidéo actifs intégrant une stimulation intellectuelle et de l’exercice physique.

Démence et troubles neurologiques

L’envers du décor?

Malgré des résultats qui semblent positifs dans la prévention du déclin des facultés cognitives, des études ont dénoté des effets négatifs simultanés, comme l’atrophie de certaines parties du cerveau.

Une étude effectuée en psychologie à l’UdeM a identifié que les jeux vidéo pourraient favoriser une diminution de la matière grise dans l’hippocampe des joueurs; ce qui pourrait causer la dépression, la schizophrénie, le trouble de stress post-traumatique et la maladie d’Alzheimer.

L’étude soulève effectivement des effets bénéfiques des jeux vidéo sur l’attention visuelle et la mémoire à court terme des joueurs, mais indique parallèlement des effets négatifs sur l’atrophie de l’hippocampe.

C’est quoi l’hippocampe? Il s’agit d’une partie de notre cerveau qui s’occupe, entre autres, de notre orientation, notre mémoire spatiale et de la gestion de nos souvenirs.

L’étude a observé que les joueurs de jeux vidéo d’action (Call of Duty, Killzone et Borderlands 2) développent une atrophie du cerveau, tandis que les joueurs de jeux 3D (série Super Mario) augmentent leur matière grise présente dans l’hippocampe.

La différence entre ces deux jeux?

La perte du mécanisme fondamental de l’apprentissage spatial; la capacité des joueurs à se créer des points de repères dans l’espace. Ainsi, les jeux vidéo d’action conçus sans GPS ou sans aide de navigation permettent de favoriser un apprentissage spatial dans le jeu. Ce mécanisme d’apprentissage vient directement augmenter la matière grise pendant le jeu. Inversement, un jeu d’action dans lequel l’on doit se fier à des cartes visuelles ou à un parcours prédéterminé favoriserait une atrophie de l’hippocampe.

Heureusement, certaines astuces permettent, tout de même, de jouer aux jeux d’action tout en travaillant ses stratégies d’apprentissage spatial, telles que de se fixer des points de repères dans les niveaux, de ne pas se fier au système de GPS pour se repérer ou d’alterner les moyens de déplacements spatiaux.

Visio-spatial

Conclusion

Pour conclure, le domaine de la recherche sur le développement du cerveau et les jeux vidéo est encore jeune. Les études présentent des résultats mitigés selon l’âge des joueurs, les facteurs environnementaux, et sociaux, le genre de jeux vidéo et la présence ou non de troubles neurologiques ou psychologiques, mais la majorité d’entre-elles s’accordent pour dire que les jeux vidéo ont un impact sur le cerveau.

Un élément à retenir est de bien sélectionner les jeux vidéo que l’on souhaite jouer en étant conscient qu’il y a des impacts sur nos fonctions cognitives, et de par la suite évaluer la pertinence de s’inquiéter de ces impacts, en comparaison avec le plaisir de jouer et le bien-être que le jeu peut nous apporter.

Elsa Brais-Dussault, psychologue/ LudiPsy

À propos de Elsa Brais-Dussault, psychologue

Psychologue et passionnée de jeux! Les jeux vidéo, les jeux de société, les jeux de rôles et les GN... J'ai fondé la plateforme LudiPsy: santé mentale et ludification pour mettre de l'avant l'intégration de la ludification dans la pratique en santé mentale.

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