La gestion de la colère dans les jeux vidéo: pour éviter de « lancer sa manette! »

la colère chez les gamers

Votre jeune a t-il tendance à s’énerver pendant une partie de League of Legends? de se mettre en colère après une défaite à Fortnite? Il semble avoir de la difficulté à gérer sa colère et vous ne savez pas comment agir pour l’aider? Voici quelques pistes de solution à essayer.

Une préoccupation bien présente chez les parents

Une préoccupation qui est souvent amenée en discussion avec les parents, est cette crainte que leur enfant ne devienne violent, agressif ou colérique en jouant aux jeux vidéo. Parfois même, certains parents consultent afin d’aider leur enfant à gérer ses émotions, maîtriser son impulsivité et apprendre à se recentrer lorsqu’ils ont des élans de colère.

Ainsi, à la question : est-ce que les jeux vidéo rendent violent? La réponse ne peut être dichotomique.

Ce n’est pas un « oui » ou un « non », mais encore une fois une nuance et une adaptation selon l’enfant, son tempérament, le jeu, les circonstances… Je vous invite à consulter les articles sur le concept d’addiction dans les jeux pour en connaître plus sur ce sujet.

À la base même, très rares sont les jeux vidéo ayant comme objectif d’augmenter l’agressivité des joueurs, ce ne serait ni vendeur, ni socialement accepté. Par contre, effectivement certains jeux ne sont pas adaptés à tous les publics.

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Apprendre à jouer pour le plaisir

Jeux bien et mal adaptés?

Le meilleur exemple que j’aime bien aborder lors de formations est celui-ci :

Comparons Minecraft et Grand Theft Auto, deux jeux vidéo accessibles sur différentes plateformes et accessibles à plusieurs joueurs. Il n’y a pas de bon ou mauvais jeux, mais des jeux moins bien et mieux adaptés que d’autres. Observons les deux.

Minecraft est un jeu en monde ouvert, dont la composition graphique est de type voxels (cubes), présentant des joueurs humanoïdes, mais n’ayant pas nécessairement de traits humains bien définis ou de genres. La mission de ce jeu est de modifier des cubes à volonté afin de survivre le plus longtemps possible. Il n’y a pas de mort, mais plutôt une perte des ressources et une « réapparition ». Le contenu est accessible à tous, abordant artisanat, construction, gestion et transformation de ressources.

De l’autre côté, nous avons Grand Theft Auto, un jeu d’action et d’aventure, dont la mission est de progresser en tant que criminel, de se venger et d’obtenir du pouvoir. Le contenu est surtout orienté pour les adultes. Le jeu aborde les thématiques de sexualité, prostitution des personnages, violence, drogues et marchandages. Le jeu permet également aux gestes de tuer des personnages, voler, rouler sur les gens…

Est-ce que Minecraft est un bon jeu et Grand Theft Auto un mauvais jeu. Non.

Cependant, le jeu Minecraft est un jeu bien adapté pour les jeunes enfants, les adolescents et les adultes. Tandis que le jeu Grand Theft Auto est un jeu mieux adapté pour les adultes et très peu adapté pour les enfants et les adolescents.

Ainsi, la première réflexion à avoir concernant les comportements violents, agressifs ou impatients de notre enfant est d’observer quels sont les jeux auxquels il joue? Sont-ils adaptés à son développement affectif et cognitif? Est-ce des jeux qui abordent des thématiques qui conviennent à cet âge?

Comme indices facilitant les réponses à ces questions, des jeux mal adaptés peuvent déclencher des réactions émotionnelles chez les jeunes, tels que la contrariété face à un niveau de jeu trop difficile, la déception face aux échecs constants, la tristesse de ne pas être à la hauteur du jeu, la colère de se faire « battre », la fatigue émotionnelle, la perte de motivation, l’utilisation régulière d’un langage mal adapté à la maison, le commencement de comportements agressifs ou impoli…

Et la violence?

Les études ont démontrés que les jeux mal adaptés à un public ne vont pas nécessairement augmenter l’agressivité immédiate, mais ont un important impact sur le développement affectif et cognitif des jeunes et auront un impact à long terme sur une désensibilisation à la violence et l’augmentation des gestes réactifs à l’âge adulte.

Ainsi, la prévention par offrir des jeux bien adaptés à ses enfants, est une première étape vers une bonne gestion émotionnelle.

J’indique souvent : le savoir est le pouvoir.

Cette phrase peut être interprétée de plusieurs manières, mais dans le contexte de cet article, gardons en tête que plus nous développons nos connaissances sur une situation, mieux nous pouvons la comprendre, et ainsi y réagir et intervenir convenablement lorsque nécessaire.

En intégrant cela, la meilleure manière d’aider notre enfant à gérer sa colère, est de comprendre ce qu’est la colère, comprendre les outils et techniques de la gestion émotionnelle et comprendre comment les mettre en place nous-mêmes.

La colère, c’est quoi exactement?

Qu’est-ce que la colère?

Certains chercheurs identifient  6 émotions de bases (primaires) dites universelles : la joie, la colère, le dégoût, la tristesse, la surprise/honte et la peur. Il y aurait des émotions primaires et des émotions secondaires (déclenchées par les réactions d’autrui). Lorsque nous parlons d’émotions primaires, il s’agit de réactions affectives immédiates qui ne nécessitent pas l’anticipation ou la réaction aux états mentaux d’autrui (Palama, Theurel, & Gentaz, 2017).

La colère est ainsi une émotion de base, qui est universelle et acceptable. Souvent associé à des émotions négatives et péjoratives, la colère est généralement mal perçue par les gens.

Et pourtant! La colère est une émotion saine et active, en ce sens qu’elle nous donne l’énergie et la « force » d’aller de l’avant, de s’affirmer et de nommer ses limites. La colère est une bonne émotion qui permet le développement de soi. Ce sont ainsi les comportements et les réactions à la colère qui peuvent être mal adaptés ou mal exprimés.

En tant que parent, votre rôle peut alors être de valider les émotions de notre enfant, de l’encourager à l’exprimer sainement en montrant des exemples alternatifs, de donner l’exemple en étant un modèle de gestion saine de la colère et en sécurisant son enfant en cas de colère.

Le soutien des parents est nécessaire pour la gestion émotionnelle des enfants

Comment gérer la colère?

Reprenons ces concepts :

1) Valider les émotions de notre enfant.

C’est difficile à concevoir, mais toutes les émotions sont bonnes. Une émotion est un moment qu’à notre corps de communiquer avec nous pour nous informer de notre état d’équilibre (homéostasie). Ainsi, lorsqu’on est insatisfait dans nos besoins de base (ex : manger), notre corps nous envoie une émotion pour nous aider à comprendre que quelque chose ne vas pas (ex : contrariété). La colère étant une bonne émotion pour nous informer d’une injustice, d’un conflit, d’une déception… il est important de valider celle-ci lorsque notre enfant la vit, par exemple : «  je vois que tu es en colère, c’est correct de se sentir en colère parfois. Moi aussi je me sens parfois en colère. »  Valider les émotions de notre enfant est un bon point de départ dans la gestion de ses émotions.

2) L’ encourager à l’exprimer sainement en montrant des exemples alternatifs.

Lorsque nous identifions une émotion et que celle-ci est validée, il est par la suite plus facile de l’exprimer correctement. Chez les enfants, ceux-ci n’ont pas nécessairement les bons mots et la capacité de l’exprimer seul. Ainsi, les parents peuvent les guider en nommant différents synonymes (ex : en colère? Contrarié? Déçu?). Il est également possible de s’aider d’outils de gestion des émotions, tels que le thermomètre de la colère ou une liste des émotions.

3) Donner l’exemple en étant un modèle de gestion saine de la colère.

Le parent est le meilleur modèle pour ces enfants. Un parent qui nomme sa colère (ex : la situation me met en colère) et qui nomme et montre les bons comportements à avoir pour gérer sa colère, est un moyen efficace d’aider son enfant dans la gestion de sa colère (ex : cette situation m’a mit en colère, j’ai besoin de me calmer, je vais prendre cette oreiller et criant dedans… je vais prendre 3 grandes inspirations… je vais aller marcher dans la maison).

4) Sécuriser son enfant en cas de colère.

Vivre de fortes émotions comme la colère fait également peur aux enfants. Un enfant qui ne se sent pas validé émotionnellement et qui est réprimandé pour avoir vécu de la colère peut se sentir insécurisé et avoir peur de s’exprimer. Une façon d’éviter cela et d’aider son enfant est de créer un espace sécuritaire d’acceptation et d’écoute lorsque notre enfant vit des émotions. Il est également possible de créer un « espace de gestion émotionnelle », comme une tente, un tipi, une caverne de coussins dans la salle de jeux, un petit espace calme dans la chambre, etc.

En résumé…

En somme, nous pouvons retenir que toutes les émotions sont bonnes, même la colère! Il est cependant important de sécuriser et valider les émotions de son enfant, de le soutenir dans l’expression de ses émotions et de lui montrer l’exemple. Au niveau des jeux, très peu de jeux ont comme objectif d’augmenter la violence des jeunes, par contre certains jeux sont moins adaptés pour les jeunes. Il est alors important de bien vérifier les jeux que l’on achète à nos jeunes. Un jeu mal adapté est un jeu qui aborde des thématiques trop matures et dont les mécaniques du jeu peuvent être trop complexes pour l’âge du jeune, ce qui peut augmenter la colère du joueur.

Gardons en tête que chaque parent fait de son mieux, et qu’il est difficile pour les parents de « tout contrôler » le contenu vidéo ludique de ses enfants. Faisons alors de notre mieux pour aider nos enfants à bien vivre et gérer leurs émotions.

Elsa Brais-Dussault, psychologue

À propos de Elsa Brais-Dussault, psychologue

Psychologue et passionnée de jeux! Les jeux vidéo, les jeux de société, les jeux de rôles et les GN... J'ai fondé la plateforme LudiPsy: santé mentale et ludification pour mettre de l'avant l'intégration de la ludification dans la pratique en santé mentale.

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